Vous vivez ensemble, vous partagez le loyer, peut-être un crédit, bientôt des projets plus grands. Et pourtant, il y a une question que la plupart des couples n'osent jamais poser à voix haute : si l'un de nous deux disparaît, ou si on se sépare, que se passe-t-il pour l'argent ? La réponse dépend presque entièrement d'un choix que beaucoup font par défaut : concubinage, PACS ou mariage.

Ce guide fait le tour complet : ce que chaque statut change vraiment pour votre argent, comment organiser les comptes sans friction, comment investir à deux intelligemment, et surtout comment protéger l'autre, le point sur lequel le concubinage cache un piège que trop de couples découvrent au pire moment.

Au sommaire
  1. Concubinage, PACS, mariage : ce qui change vraiment
  2. Le piège à 60 % : hériter (ou pas) de l'autre
  3. Organiser les comptes : le système des 3 pots
  4. Investir à deux : enveloppes et stratégie
  5. Protéger l'autre : les 4 outils concrets
  6. Revenus inégaux : répartir sans rancœur
  7. Anticiper la séparation (sans cynisme)
  8. Questions fréquentes

Concubinage, PACS, mariage : ce qui change vraiment

Commençons par le tableau que tout couple devrait avoir vu une fois. Juridiquement, votre statut détermine trois choses : la propriété (qui possède quoi), la fiscalité (imposition commune ou pas) et la protection (qui hérite, avec quels droits à payer).

ConcubinagePACSMariage
ImpositionSéparée (2 déclarations)Commune dès la 1re annéeCommune
Propriété par défautChacun le sienSéparation des patrimoinesCommunauté réduite aux acquêts : ce qui est gagné pendant le mariage est commun
Héritage sans testamentRIENRIENLe conjoint hérite (part variable)
Droits de succession60 % après 1 594 € d'abattement0 % (avec testament)0 %
Pension de réversionNonNonOui (sous conditions)
Solidarité des dettesNon (sauf co-signature)Dettes de la vie couranteDettes du ménage

Lecture rapide : le concubinage est une liberté totale doublée d'une absence totale de protection. Le PACS règle l'essentiel (fiscalité commune, succession à 0 % si testament) en restant simple à conclure et à défaire. Le mariage ajoute la protection maximale du survivant : héritage automatique, pension de réversion, et un régime matrimonial qui organise la propriété.

Point important sur l'imposition commune : elle n'est pas toujours un cadeau. Elle avantage les couples aux revenus inégaux (le barème progressif s'applique sur la moyenne des deux revenus), mais pour deux revenus similaires, elle ne change à peu près rien. Ne te pacse pas "pour les impôts" si vos salaires sont proches : fais-le pour la protection.

Le piège à 60 % : hériter (ou pas) de l'autre

C'est le point le plus grave de tout l'article, et le moins connu des couples non mariés. En France, sans testament, ton concubin ou ton partenaire de PACS n'hérite de RIEN. Absolument rien : la loi ne le connaît pas comme héritier. Tes biens vont à tes enfants, ou à défaut à tes parents et ta famille.

Et si tu fais un testament pour léguer à ton concubin ? Le fisc le traite comme un étranger : 60 % de droits de succession après un abattement symbolique de 1 594 €. Concrètement : tu lègues 200 000 € (ta moitié de l'appartement, ton épargne) à la personne qui partage ta vie depuis quinze ans, elle devra verser environ 119 000 € au Trésor public. En PACS ou mariage : 0 €.

Léguer 200 000 € à son partenaire : ce que le survivant garde
Droits de succession selon le statut du couple (testament en place)
Concubinage garde ~81 000 € −119 000 € de droits PACS (avec testament) garde 200 000 € · 0 % de droits Mariage

La nuance qui change tout pour les pacsés : le PACS donne le taux à 0 %, mais pas la qualité d'héritier. Sans testament, ton partenaire de PACS ne reçoit rien du tout, même à 0 %. Le combo protecteur, c'est PACS + testament (quelques dizaines d'euros en écriture manuscrite, ou un passage chez le notaire pour du solide). Vingt minutes d'administratif qui changent une vie.

Organiser les comptes : le système des 3 pots

Passons du droit au quotidien. Le système qui fonctionne pour la grande majorité des couples, recommandé par à peu près tous les conseillers : trois pots. Un compte joint pour la vie commune, alimenté chaque mois par virement automatique depuis deux comptes personnels qui restent la propriété et le jardin secret de chacun.

Ce système règle élégamment trois problèmes : la transparence (les dépenses communes sont visibles des deux), l'autonomie (personne ne justifie l'achat d'un jeu vidéo ou d'une paire de chaussures), et la clarté juridique (en cas de séparation, ce qui est à chacun est déjà séparé). Le compte joint porte : loyer ou crédit, courses, énergie, assurances, enfants, vacances communes. Les comptes perso portent tout le reste, y compris l'épargne de chacun.

Deux pièges du compte joint : la solidarité bancaire d'abord : un découvert creusé par l'un engage les deux, et l'historique de l'un contamine le dossier de crédit de l'autre. L'argent qui dort ensuite : le compte joint n'est pas un livret : calibrez son solde sur un mois de dépenses communes plus une petite marge, et placez le reste.

Investir à deux : enveloppes et stratégie

Première vérité contre-intuitive : on n'investit jamais "à deux" au sens propre. Un PEA, une assurance-vie, un PER sont des enveloppes strictement individuelles : pas de PEA joint. Le seul véhicule d'investissement réellement commun est le compte-titres joint (et l'immobilier en indivision ou via une SCI). Un couple investit donc en parallèle, pas en fusion, et c'est une excellente nouvelle fiscale.

Car un couple, c'est deux plafonds de tout : 2 PEA (soit 300 000 € de plafond de versement à deux), 2 assurances-vie avec chacune son abattement après 8 ans (4 600 € de gains exonérés par personne et par an, 9 200 € pour un couple marié ou pacsé en imposition commune), 2 PER avec deux plafonds de déduction, et le doublement des abattements de dons aux enfants. La stratégie type, dans l'ordre déjà détaillé sur ce site : fonds d'urgence commun d'abord, puis chacun ouvre son PEA (le fameux "prendre date"), puis les assurances-vie, en répliquant la même allocation simple des deux côtés : ETF World en DCA.

Faut-il les mêmes placements des deux côtés ? Par défaut oui, pour la simplicité. Deux exceptions intelligentes : si vos horizons diffèrent (l'un veut acheter dans 3 ans : sa poche est plus défensive), et si vos tolérances au risque diffèrent vraiment : mieux vaut un partenaire à 50 % d'actions qui dort bien qu'un couple à 80 % qui panique ensemble. Le test de profil investisseur à deux est un excellent exercice de couple, sérieusement.

Et le budget commun d'investissement ? La méthode la plus saine : chacun investit depuis son compte perso, selon ses moyens, et vous suivez ensemble la progression du patrimoine global une fois par trimestre. Investir depuis le compte joint crée un flou juridique (à qui appartiennent les titres ?) qu'il vaut mieux éviter, sauf compte-titres joint ouvert en connaissance de cause.

Protéger l'autre : les 4 outils concrets

1. Le testament. Vu plus haut : indispensable en PACS (sinon zéro héritage), vital en concubinage (avec le mur des 60 % à contourner par d'autres outils). Même marié, il permet d'aménager la part du conjoint.

2. La clause bénéficiaire de l'assurance-vie : l'arme absolue du couple non marié. L'assurance-vie est hors succession : les capitaux transmis au bénéficiaire désigné échappent aux 60 % du concubin, avec un abattement de 152 500 € par bénéficiaire (pour les versements avant 70 ans), puis un taux de 20 %. Traduction : un concubin peut transmettre 152 500 € à l'autre sans un euro de droits, là où le même montant en héritage classique en coûterait environ 90 000. Si vous êtes concubins avec du patrimoine, l'assurance-vie n'est pas une option, c'est LE véhicule. Vérifie ta clause : "mon conjoint" ne désigne PAS un concubin ni un partenaire de PACS : il faut nommer la personne.

3. La tontine ou l'achat croisé pour l'immobilier. Deux concubins qui achètent à 50/50 en indivision s'exposent au pire scénario : au décès, la moitié du défunt va à sa famille, et le survivant se retrouve en indivision avec ses beaux-parents, qui peuvent exiger la vente. Les parades existent (clause de tontine dans l'acte, démembrement croisé, SCI avec statuts adaptés) et se décident chez le notaire AVANT l'achat : après, c'est trop tard. Le sujet complet est dans l'article acheter sa résidence principale.

4. La prévoyance décès. Si le train de vie du foyer dépend des deux revenus (ou d'un seul), une assurance décès temporaire couvre le survivant pour quelques euros par mois, le temps que le crédit soit remboursé ou que les enfants grandissent. Vérifie d'abord ce que ton employeur couvre déjà : les conventions collectives incluent souvent un capital décès méconnu.

Revenus inégaux : répartir sans rancœur

2 800 € contre 1 800 € de revenus : qui paie quoi ? Le 50/50 paraît juste et ne l'est pas : il laisse celui qui gagne moins avec un taux d'épargne écrasé, et fabrique de la rancœur silencieuse. La méthode plébiscitée par les conseillers conjugaux comme par les planificateurs financiers : la contribution au prorata des revenus. Chacun verse le même pourcentage de son revenu au pot commun : dans notre exemple, pour 2 300 € de dépenses communes, 50 % de chaque salaire : 1 400 € pour l'un, 900 € pour l'autre. Même effort relatif, dignité préservée des deux côtés.

Le complément indispensable : que chacun garde une capacité d'épargne personnelle, même modeste. Le partenaire au petit salaire qui ne construit aucun patrimoine propre pendant des années se fragilise dangereusement, surtout hors mariage où aucune compensation (prestation compensatoire, partage de communauté) n'existera en cas de rupture. Un couple sain, financièrement, c'est deux patrimoines qui grandissent, pas un seul.

Le rendez-vous argent : trente minutes par trimestre, à deux, autour de trois chiffres : les dépenses communes du trimestre, la progression du patrimoine de chacun, et le prochain objectif commun. Les couples qui ritualisent ce rendez-vous désamorcent la première cause de dispute conjugale, et prennent de bien meilleures décisions d'investissement que dans l'urgence.

Anticiper la séparation (sans cynisme)

En parler n'est pas parier contre le couple : c'est exactement comme une assurance habitation, qu'on souscrit sans espérer l'incendie. Trois précautions qui ne coûtent rien au quotidien et évitent des catastrophes :

Garder la traçabilité des apports inégaux. Si l'un apporte 60 000 € et l'autre 20 000 € à l'achat commun, la répartition doit figurer dans l'acte (achat 60/40, pas 50/50 "par simplicité"). Idem pour un prêt entre partenaires : un écrit, même simple. L'amour rend flou, le notaire rend net.

Ne jamais être caution ou co-emprunteur d'un projet qu'on ne partage pas. La solidarité d'un crédit survit à la rupture : on reste co-débiteur d'un prêt commun même après séparation, jusqu'à désolidarisation acceptée par la banque.

Choisir son statut en conscience. Le concubinage prolongé avec patrimoine commun croissant est le statut le plus dangereux de France : aucune protection au décès, aucune compensation à la rupture, 60 % de droits sur les legs. Si vous restez concubins par choix, compensez par les outils vus plus haut. Si c'est par simple inertie, un après-midi à la mairie pour un PACS règle 80 % du problème, gratuitement.

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★ À retenir
  • Sans testament, concubin et partenaire de PACS n'héritent de RIEN ; et le concubin paie 60 % de droits sur ce qu'on lui lègue. PACS + testament = 0 %.
  • Le système des 3 pots (compte joint alimenté au prorata des revenus + deux comptes perso) règle transparence, autonomie et clarté juridique.
  • Un couple = deux plafonds de tout : 2 PEA, 2 assurances-vie, 2 PER. On investit en parallèle, jamais en fusion.
  • L'assurance-vie est l'arme absolue du couple non marié : 152 500 € transmissibles par bénéficiaire sans droits. Nomme la personne dans la clause, "mon conjoint" ne couvre ni concubin ni pacsé.
  • Chacun doit construire son patrimoine propre : hors mariage, aucune compensation n'existe à la rupture.

Questions fréquentes

Se pacser fait-il vraiment baisser les impôts ?

Ça dépend entièrement de l'écart entre vos revenus. L'imposition commune applique le barème progressif à la moyenne de vos deux revenus : si l'un gagne 45 000 € et l'autre 15 000 €, le gain est réel (souvent plusieurs centaines à plus de mille euros par an), car les revenus du plus aisé descendent dans les tranches basses du second. Si vous gagnez tous les deux la même chose, le gain est proche de zéro. L'année du PACS, vous pouvez choisir entre déclaration commune ou séparée : faites les deux simulations sur impots.gouv.fr.

Peut-on ouvrir un PEA ou une assurance-vie commune ?

Non pour le PEA, le PER et l'assurance-vie : ce sont des enveloppes strictement individuelles. C'est d'ailleurs un avantage : un couple dispose de deux plafonds de chaque enveloppe, deux abattements d'assurance-vie, deux plafonds PER. Le seul support d'investissement réellement commun est le compte-titres joint, utile marginalement, et l'immobilier détenu ensemble. La bonne pratique : chacun ses enveloppes, la même stratégie simple des deux côtés, et un point patrimoine commun chaque trimestre.

Concubins : comment se transmettre sans payer 60 % ?

Trois leviers principaux. L'assurance-vie d'abord : jusqu'à 152 500 € transmis par bénéficiaire sans droits (versements avant 70 ans), c'est l'outil central. La clause de tontine ou le démembrement croisé ensuite, pour la résidence principale achetée à deux, à mettre en place dans l'acte d'achat. Et évidemment le PACS ou le mariage, qui font passer les droits de 60 % à 0 % : c'est parfois la réponse la plus simple, quand le refus du statut relève plus de l'habitude que de la conviction. Sujet à traiter AVANT le pépin : après, aucun de ces outils ne fonctionne rétroactivement.

Qui garde quoi en cas de séparation de concubins ou de pacsés ?

Par défaut, chacun repart avec ce qui est à son nom : comptes, placements, biens propres. Les biens achetés ensemble (indivision) se partagent selon les quotes-parts de l'acte, d'où l'importance d'y inscrire la vraie répartition des apports. Contrairement au divorce, il n'existe ni prestation compensatoire ni partage de communauté : celui qui a mis sa carrière entre parenthèses ou financé la vie courante pendant que l'autre investissait n'a droit à rien. C'est LA raison pour laquelle chaque membre du couple doit construire son propre patrimoine.

Le mariage protège-t-il mieux que le PACS pour l'argent ?

Oui, sur trois points précis : le conjoint hérite automatiquement même sans testament (le pacsé, non), il bénéficie de la pension de réversion des régimes de retraite (le pacsé, non), et le régime de communauté partage automatiquement l'enrichissement du couple, ce qui protège celui qui gagne moins. Le PACS avec testament couvre déjà très bien la transmission (0 % de droits). Le choix dépend donc de votre situation : écart de revenus important, enfants, patrimoine immobilier commun font pencher vers le mariage ; deux patrimoines équilibrés et une volonté de simplicité font très bien vivre un PACS bien organisé.

Faut-il tout mettre en commun quand on se marie ?

Non, et le régime légal ne le fait d'ailleurs pas : la communauté réduite aux acquêts ne met en commun que ce qui est acquis pendant le mariage, tandis que ce que chacun possédait avant, plus les héritages et donations reçus, reste propre. Beaucoup de couples gagnent à garder cette architecture en tête : le patrimoine commun pour le projet de vie partagé, les patrimoines propres pour l'autonomie de chacun. Et pour les situations particulières (entrepreneur dont l'activité est risquée, écarts de patrimoine importants, familles recomposées), le contrat de mariage chez le notaire (séparation de biens, participation aux acquêts) se décide idéalement avant la mairie : le changer après coûte plus cher.

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